Biographie

Frédéric.Hannon

 

Le grand jeu des questions réponses :

Q : Frédéric Hannon, pourriez-vous me parler de votre parcours artistique?
FH : J’ai eu à la base une formation d’ébéniste et ensuite d’ébéniste restaurateur, j’ai préparé un brevet de maîtrise en ébénisterie et côtoyé de nombreux professionnels issus du compagnonnage, dont j’ai apprécié l’état d’esprit et le total engagement total dans leur art. J’ai pratiqué mon métier pendant une quinzaine d’année en tant qu’artisan avant de m’intéresser à la céramique, à pratiquer le modelage et un peu de tournage pour les bols à thé. Je me suis également intéressé à un travail de recherche sur les émaux de haute température. J’ai alors vécu une période très riche sur le plan créatif. Mon atelier s’appelait  « Terre et Bois », je concevais et réalisais des objets décoratifs de qualité, souvent des pièces uniques combinant la terre et le bois, comme l’indique le nom de l’atelier.
Q : Votre intérêt pour l’encre de chine est-il antérieur ou postérieur à cette époque ?
FH : Mon intérêt pour l’encre de chine s’est développé parallèlement à mon attirance pour la céramique.
Q : Qu’est-ce qui vous amené à ces nouveaux centre d’intérêt, le bois comme champ d’action ne vous suffisait plus ?
FH : C’est mon cheminement intérieur qui m’a poussé vers de nouveaux horizons. Attiré par les spiritualités extrême-orientales Bouddhisme et Taoïsme, et la pratique d’arts martiaux tels que le kendo et le kyudo, je prenais de plus en plus conscience de la notion d’instant présent. Je ressentais alors le besoin d’introduire ce paramètre dans l’acte créatif. Le travail très technique du bois surtout de la restauration implique un autre rythme plus lent et long, qui m’intéressait alors de moins en moins. A travers le travail créatif de l’encre ou de la terre il était possible de retrouver les sensations que je vivais dans la pratique des arts martiaux.
Q : Comment s’est effectué votre apprentissage de la peinture à l’encre de chine ? Etes-vous allé étudier en Chine ou au Japon ?
FH : Non je n’ai pas eu la possibilité de suivre un enseignement en Chine ou au Japon. Quant à mon apprentissage ce fut un vrai parcours du combattant, lorsque j’ai débuté il n’y avait quasiment aucune documentation, ni aucun matériel sérieux à disposition du public français. C’est pourquoi je suis aujourd’hui si sensible à la qualité du matériel, après avoir dû me contenter pendant des années de matériel médiocre. Puis les premiers livres sont apparus, ensuite avec les débuts d’internet l’accès aux ouvrages en anglais, puis des vidéos chinoises d’apprentissages sous forme de VCD, qu’il était alors possible de commander à l’étranger.
Q : Avez-vous eu des professeurs quand même ?
FH : Oui bien sûr, après avoir découvert la calligraphie chinoise au cours d’un stage d’initiation de quelques jours dirigé par Jacques Foussadier il y a plus de vingt ans, j’ai pratiqué la calligraphie pendant trois ans avec une élève du Maître coréen Ung-No Lee et de son épouse. Après quoi j’ai suivi des cours de peinture chinoise auprès de l’association Lumière de Chine et de son enseignant M. Guang qui m’a apporté la base technique indispensable. J’ai eu l’occasion ensuite de faire une série de rencontre qui m’a permis de découvrir la pratique de l’Hitsuzendo, la calligraphie zen avec le maître zen rinzai Taikan Jyoji à la falaise verte et ensuite d’établir un lien avec des pratiques martiales intériorisées telle que le Qi qong à travers un travail sur la respiration et la concentration. J’ai également participé à de nombreux stages avec des enseignants divers chaque fois que j’en ai eu l’occasion, afin d’enrichir ma pratique…
Q : Pour avoir pu découvrir votre travail céramique le rapport à l’encre de chine semble évident. Dans votre recherche lequel de ces arts à le plus influencé l’autre ?
FH : En premier lieu permettez-moi de dire que fondamentalement il n’y a pas de grandes différences entre la peinture, la céramique, la méditation, les arts martiaux, etc… Toutes ces pratiques ont en commun un travail sur le mental.
Dégainer un sabre, lâcher une flèche, donner un coup de pinceau, tourner un bol… Toutes ces actions ancrées dans l’instant présent impliquent le geste juste et l’état d’esprit juste. Aussi je n’établirai pas de hiérarchie entre elles.
Pour revenir au rapport céramique – encre de chine, au-delà des disparités techniques  je les ai abordées avec le même état d’esprit d’où la proximité que vous avez pu remarquer. Une plaque de terre avant qu’elle ne sèche est un support très polyvalent sur lequel on peut dessiner avec un stylet ou avec ses doigts, peindre avec un pinceau chargé de terres colorées, laisser des traces diverses en pressant différents objets. Finalement ce n’est guère différent d’une feuille de papier, un simple support susceptible d’accueillir l’histoire que l’on veut bien conter.
Q : Comment pourriez-vous définir techniquement votre travail céramique notamment les paysages sur plaques de terre ?
FH : Il s’agit de plaques de terre sur lesquels sont dessinés de paysages par impression d’objets tels que des pierres, des morceaux de bois, de branches, de racines etc… Les traces laissées sont en relief avec des creux et des parties saillantes. Des engobes qui sont des terres colorées ou des émaux sont ensuite appliqués, parfois les plaques sont enfumées après cuisson.
Q : Quelle a été la genèse de ce travail ?
FH : A l’ origine il s’agissait pour moi de trouver une technique simple à mettre en œuvre afin d’animer des séances d’expression créative dans le cadre d’une association de soutien scolaire pour laquelle j’étais animateur. Il y avait de nombreux enfants issues d’une immigration récente qui ne parlaient pas français. Il me fallait trouver un langage universel, celui des traces imprimées dans la terre m’avait semblé pertinent. C’est ainsi que j’ai élaboré les techniques que j’ai par la suite employé dans mon travail artistique.
Q : En ce qui concerne la peinture extrême-orientale vous insistez beaucoup sur la tradition, alors que la tradition se perd dans les pays d’origines de cet art.
FH : Effectivement la relative suprématie occidentale au 19ème siècle a suscité un mouvement d’attirance pour la science, les arts et les techniques d’occident. Ebranlés par ce choc culturel et conscient d’entrer dans une nouvelle ère, beaucoup de gens ont malheureusement décidés de faire table rase du passé, et ce sont totalement orientés vers une perception occidentale de l’art et de la société. Il est aujourd’hui plus facile au japon d’apprendre les techniques de la peinture à l’huile que celles de l’encre.
Q : Pouvez-vous me parler du projet Tai Getsu ?
FH : Le projet d’association Tai Getsu me tient particulièrement à cœur, différé à plusieurs reprises pour des raisons pratiques, le moment semble venu de le mettre réellement en application.
Q : De quoi s’agit-il exactement ?
FH : L’objectif de l’association Tai Getsu est un projet humaniste destiné à favoriser la connaissance de soi et l’éveil artistique à travers des arts traditionnels sino-japonais tels que la calligraphie ou la peinture extrême-orientale, la pratique du raku, mais également de la méditation et du travail énergétique Taoïste.
Dans ce but nous organiserons des stages et des cours réguliers. Ce site sera le support de ce projet et permettra aux adhérents de l’association, mais aussi à tous ceux intéressés par cette démarche, d’échanger librement à travers ses forums.

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