Les trois lointains

La perspective des peintures de paysage semble souvent codifiée et artificielle pour le regard occidental, en fait il ne s’agit pas vraiment de perspective, mais plutôt de différents points de vue utilisés pour observer le paysage.
Guo Xi expose dans son traité « Message élevé des bois et des sources » :
« La peinture de montagnes comporte trois lointains [san yuan]. Du bas des montagnes et en levant les yeux jusqu’à leur cime, c’est le « lointain élevé » [gaoyuan]. Des contreforts et en regardant vers l’arrière de ces montagnes, c’est le « lointain profond » [shenyuan]. Des proches montagnes à celles que l’on aperçoit au loin, c’est le « lointain plat » [pingyuan]. »
Une peinture de Sanshui est une invitation au voyage, une invitation à pénétrer dans le tableau, à réaliser le pèlerinage qui conduit le sage au sommet de la montagne, vers plus de pureté. Ces trois lointains doivent être perçus comme autant d’étapes physiques et spirituelles que franchit le peintre, mais aussi le spectateur qui est incité à vivre par l’imagination ce parcours initiatique.
Au début de l’aventure, il convient de lever la tête pour découvrir la grandeur de la montagne, c’est une vision du bas vers le haut. Le deuxième lointain est une étape intermédiaire située au cours de l’ascension, le voyageur s’arrête et se retourne sur le chemin parcouru. Ce n’est qu’à la dernière étape, arrivé au sommet qu’il accède à la vision transcendante qui lui permet enfin de découvrir la totalité de ce qu’il lui était jusqu’alors dissimulé.
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